L INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE AU TRAVAIL

L’INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE AU TRAVAIL

 

On parle beaucoup des émotions aujourd’hui. Est-ce une mode ou le signe d’un changement profond ?

Daniel Goleman : Il y a un nouvel intérêt pour les émotions, dû aux avancées techniques et à l’explosion des études sur le sujet. Mais c’est aussi un symptôme de notre époque. Les gens sont ballottés par des émotions incontrôlables et sont peut-être aussi perturbés par les changements technologiques (les ordinateurs, Internet, le courrier électronique) et sociaux qui créent une distance et mettent en cause les liens émotionnels traditionnels.

A quoi sert l’intelligence émotionnelle ?

Je m’efforce surtout de promouvoir des outils pour exprimer les émotions de façon appropriée, d’une manière qui nous rende plus intelligents sur le plan humain, social. Le cerveau possède un système de régulation des émotions, l’amygdale, petite structure du cerveau limbique (le cerveau émotionnel). C’est elle qui détermine le bon usage des émotions. Par exemple, elle fait de nous des individus à l’écoute ou non, capables ou non de faire face aux désaccords avec les autres. Une amygdale très sensible nous rend hyperémotifs. Il existe un art d’utiliser ses émotions, c’est cela l’intelligence émotionnelle. Il convient de rendre les émotions intelligentes en agissant intelligemment face à elles.

Ne croyez-vous pas que cette forme d’intelligence puisse être utilisée comme outil de sélection, de la même façon que le QI ?

Il peut y avoir danger à mal utiliser l’intelligence émotionnelle, comme nous avons mal utilisé le QI : en collant des étiquettes aux gens. En décidant de leur valeur, à partir de leurs résultats aux tests. J’ignore si c’est le cas en France mais aux Etats-Unis ou au Japon, la situation est atterrante. Dès leur plus jeune âge, les enfants japonais sont soumis à des tests dont les résultats déterminent le reste de leur vie. La pression est telle que certains se suicident. Or le QI prédit peut-être 10 à 20 % du succès professionnel. Il est donc absurde d’être obnubilé par ce test. En fait, essayer de mesurer, avec un équivalent du QI, les capacités si subtiles qui définissent l’intelligence émotionnelle est un non-sens, parce que les gens ne répondront pas forcément la vérité et qu’on est rarement objectif pour se décrire soi-même. De plus, un score final est supposé apporter une mesure précise. Or les cinq compétences de base selon lesquelles l’intelligence émotionnelle s’exprime – la conscience de soi, la maîtrise des émotions, la motivation, l’empathie et la capacité à entrer en relation – ne se recoupent pas nécessairement : on peut être très doué pour l’empathie et éprouver des difficultés à dominer ses colères. Un autre danger serait de croire que le résultat d’un éventuel test de QE (Quotient émotionnel) serait définitif. Ce n’est déjà pas le cas avec le QI et l’est encore moins avec l’intelligence émotionnelle qui se perfectionne à tout âge pour peu qu’on soit vraiment motivé.

N’oubliez-vous pas qu’une part importante de la psyché est inconsciente, inaccessible ?

Il est vrai que l’inconscient nous coupe des causes profondes de nos manifestations émotionnelles. C’est pour cela que j’accorde une place si essentielle à la conscience de soi que l’on acquiert par l’introspection. Il faut prendre ainsi conscience des raisons, des circonstances qui nous empêchent, par exemple, de parler devant un groupe ou qui nous poussent à nous mettre en colère. Ces réactions inappropriées sont déclenchées par des conflits refoulés. Nous devons accéder à ces étages du psychisme habités ordinairement par notre inconscient.

CONSEILS :

Cinq compétences à développer

Les dernières recherches en psychologie et en neurobiologie prouvent que nous sommes tous capables d’améliorer notre intelligence émotionnelle. Voici les cinq compétences élémentaires et essentielles dans la vie professionnelle, telles que les définit Daniel Goleman dans son nouvel ouvrage. Extrait.

1) La conscience de soi : être toujours conscient de ses sentiments et utiliser ses penchants instinctifs pour orienter ses décisions. S’évaluer soi-même avec réalisme et posséder une solide confiance en soi.

2) La maîtrise de soi : gérer ses émotions de façon qu’elles facilitent son travail au lieu d’interférer avec lui. Être consciencieux et savoir différer une récompense dans la poursuite d’un objectif. Récupérer rapidement d’une perturbation émotionnelle.

3) La motivation : utiliser ses envies les plus profondes comme une boussole qui guide vers ses objectifs, aide à prendre des initiatives, à optimiser son efficacité et à persévérer malgré déconvenues et frustrations.

4) L’empathie : être à l’unisson des sentiments d’autrui, être capable d’adopter leur point de vue et entretenir des rapports harmonieux avec une grande variété de gens.

5) Les aptitudes humaines : bien maîtriser ses émotions dans ses relations avec autrui, et déchiffrer avec acuité les situations et les réseaux humains. Réagir avec tact. Utiliser ces aptitudes pour persuader, guider, négocier et régler les différends, pour coopérer et animer des équipes.

 Propos recueillis par Isabelle Taubes

http://www.psychologies.com

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6 réponses à L INTELLIGENCE ÉMOTIONNELLE AU TRAVAIL

  1. kristof dit :

    oui, ça a l’air interessant, mais je ne suis pas sûr davoir envie de devenir une machine qui maîtrise totalement ttes ses émotions ;
    ça fait un peu manuel des ressources humaines de l entreprise , visant à l efficience maximale des employés ()
    mais bon, je dis cela pour apporter un autre angle de vue ; ce qui est dit ici reste intéressant ;
    le problème, de mon point de vue, est l utilisation que lon peut faire de tels écrits , pouvant déboucher sur une libération de lindividu, aussi bien que sur son asservissement

    meric tt de même pour cet apport

    K

  2. admin dit :

    Je crois que toute sa vie il faut accepter de se remettre en cause, si l’on sent que les relations sont compliquées avec les autres et au sein de sa propre famille.

    Changer d’attitude ne veux pas dire se renier ou qu’on devienne une machine dès lors que l’on fait l’effort de maîtriser ses émotions dans le but d’améliorer ses contacts humains. L’asservissement il est quoi qu’on fasse inscrit au sein de la plupart des entreprises, mais naviguer dedans de manière fine n’est pas se laisser manipuler c’est plutôt pour moi tout le contraire.

    Les personnes qui arrivent par leur propre introspection à modifier leur comportement sont d’une intelligence et volonté supérieure, car ça demande non seulement de travailler sur soi en premier lieu, ce qui n’est certainement pas simple, mais c’est aussi une preuve de grande ouverture d’esprit, et ça pour moi c’est plutôt remarquable.

    je pense même que c’est très intéressant de faire au moins l’essai d’un autre comportement relationnel pour se rendre compte comment l’autre en face va réceptionner et y répondre, et si ça change en mieux alors c’est tout à l’honneur de celui ou celle qui aura eut le comportement nécessaire pour y arriver, effort qui peut par la suite devenir une manière habituelle de fonctionner pour son propre confort.

    Les impulsifs, les colériques, les capricieux, les manipulateurs et autres qui pourrissent leur environnement (j’en connais) faute de ne pas gérer leurs réactions, auraient tout intérêt à essayer ce genre de méthode, mais encore faut-il avoir une certaine générosité d’âme envers les autres…

    Merci Kristof de ton commentaire qui ouvre débat sur le sujet

    Bises

    Tit’can I

  3. kristof dit :

    merci pour ton com fouillé, qui me convainc davantage.
    jai toujours cru, de mon côté, à leffort nécessaire sur soi et sur ce que l’on « propose » aux autres .
    comme le disait ma première compagne,
    il faut E-VO-LU-ER !

  4. Nilsthom dit :

    « La connaissance de soi, et le prémice de la sagesse »

    Un texte fort intéressant, et criant de vérité.

    Merci!

    Amitiés, Nilsthom

  5. Nilsthom dit :

    Erreur de frappe : …EST le prémice…

  6. admin dit :

    Nilsthom

    Merci d’être venu souligné cet article par cette phrase des plus sage.

    Amitiés

    Tit’can I

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