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  • jan 16 2012

    PSYCHIATRIE (histoire drôle)

     

    J’ai visité un asile psychiatrique et j’ai demandé au directeur :

    – Comment pouvez-vous dire si une personne a besoin d’être internée

    – Nous remplissons une baignoire avec de l’eau et nous leur offrons 1 petite cuillère, 1 tasse ou 1 seau, en leur demandant de vider la baignoire.

    – Je vois… Une personne normale aurait choisi le seau parce qu’il est plus gros, c’est ça ?

    – Non. Une personne normale retirerait le bouchon de la baignoire… Vous voulez une chambre avec ou sans fenêtre ?

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    jan 16 2012

    BONHEUR

     

    C’est quoi, réussir sa vie, sinon cela, cet entêtement d’une enfance, cette fidélité simple: ne jamais aller plus loin que ce qui vous enchante à ce jour, à cette heure.

    Christian Bobin

    La part manquante

     

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    jan 16 2012

    LA SOLITUDE par Christian Bobin

     

    Christian Bobin : Ma solitude est plus une grâce qu’une malédiction

    L’aptitude à être seul est-elle l’expression d’une inadaptation au monde ou d’une réalisation de soi ?

    Pour le professeur de philosophie auteur du Très-Bas, la question ne se pose pas : Il est un solitaire heureux qui ignore l’ennui et connaît la plénitude.

    Marie de Solemne

    Christian Bobin

    Prof de philo, puis infirmier psychiatrique, Christian Bobin se fait remarquer en 1985 avec la parution de Souveraineté du vide (Gallimard). Mais c’est avec Le Très-Bas (Gallimard, 1992), un essai sur la vie de François d’Assise, que le “phénomène Bobin” éclate.

    De Christian Bobin, on sait surtout qu’il fuit les mondanités et préfère explorer le silence. Il y consacre sa vie et son œuvre. Ses thèmes de prédilection : le vide, la nature, l’enfance, les « petites choses » comme il le dit lui-même. La solitude, il la connaît mieux que personne. Il la quête. Davantage encore depuis la perte brutale de son amie, en plein été 1995. Un deuil qu’il raconte dans La Plus que vive (Gallimard, 1996). Récemment interviewé par Marie de Solemne dans La Grâce de la solitude (dialogues entre Marie de Solemne et Christian Bobin, Jean-Michel Besnier, Jean-Yves Leloup, Théodore Monod, Dervy, coll. « A vive voix », 1998) , le poète s’interroge sur l’origine et les conséquences de ce sentiment qui, avec l’état amoureux, est sans doute le plus partagé au monde. Extraits.

    Marie de Solemne : Parleriez-vous plus volontiers de la solitude comme d’une grâce, ou comme d’une malédiction ?

    Christian Bobin : D’abord, j’en parlerais plutôt dans sa matérialité. Avant même d’être un état mental ou affectif, la solitude est une matière. Par exemple, c’est exactement la matière que j’ai sous les yeux en ce moment. Il est 22 heures, c’est l’obscurité. Le ciel n’est pas encore tout à fait noir, il y a du silence – c’est très matériel aussi le silence –, un petit appartement dans lequel je vis depuis une quinzaine d’années, des cigarettes – que je ne peux pas m’empêcher de fumer –, des livres – que je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir. Au fond, de manière curieuse, c’est très vite peuplé la solitude. La solitude c’est d’abord ça : un état matériel. C’est que personne ne vienne. Que personne ne vienne là où vous êtes. Et peut-être même pas soi.
    Mais pour répondre à votre question, la solitude est plus une grâce qu’une malédiction. Bien que beaucoup la vivent autrement. […] Il y a deux solitudes. […] Une mauvaise solitude. Une solitude noire, pesante. Une solitude d’abandon, où vous vous découvrez abandonné… peut-être depuis toujours. Cette solitude-là n’est pas celle dont je parle dans mes livres. Ce n’est pas celle que j’habite, et ce n’est pas dans celle-là que j’aime aller, même s’il m’est arrivé comme tout un chacun de la connaître. C’est l’autre solitude que j’aime. C’est l’autre solitude que je fréquente, et c’est de cette autre dont je parle presque en amoureux.

    Existe-t-il vraiment deux formes de solitude, ou la solitude change-t-elle de visage en fonction du regard que l’on porte sur elle ?

    Je crois que pour vivre – parce qu’on peut passer cette vie sans vivre, et c’est un état sans doute pire que la mort – […] il faut avoir été regardé au moins une fois, avoir été aimé au moins une fois, avoir été porté au moins une fois. Et après, quand cette chose-là a été donnée, vous pouvez être seul. La solitude n’est plus jamais mauvaise. Même si on ne vous porte plus, même si on ne vous aime plus, même si on ne vous regarde plus, ce qui a été donné, vraiment donné, une fois, l’a été pour toujours. A ce moment-là, vous pouvez aller vers la solitude comme une hirondelle peut aller vers le plein ciel.[…]

    Solitude et isolement sont deux termes non seulement confondus dans l’esprit de beaucoup, mais pour lesquels même les dictionnaires n’offrent pratiquement aucune différence de sens. Quelle nuance vous inspirent ces deux mots ?

    […] Dans la solitude dont on parle ici, en ce moment, il n’y a plus d’isolement. Je crois ne pas être un barbare, mais j’ai une sauvagerie : je peux, et j’aime, rester des heures et des jours entiers en ne voyant personne. Or, je ressens la plupart de ces heures et de ces jours-là comme des heures et des jours de plénitude où je m’éprouve comme relié à, exactement, tout !

    L’amour et la solitude ne sont pas si éloignés…

    Si peu éloignés que l’un des plus beaux titres de poésie est celui d’Eluard : L’Amour la solitude. Ils ne sont même pas séparés par une virgule… C’est très juste car l’amour la solitude sont comme les deux yeux d’un même visage. Ce n’est pas séparé, et ce n’est pas séparable.
    Mais moi je vous dis cela aujourd’hui, à 45 ans… Il m’a fallu beaucoup d’années, beaucoup de temps, pour que j’arrive à entendre un peu de ces choses-là. […] Curieusement, ce sont quelques personnes, quelques rencontres, qui m’ont donné la solitude. C’est un don, qui m’a été fait. […]

    Pour vous, la solitude est-elle synonyme de paix ?

    Oui… Oui, mais elle n’est pas toujours facile. Elle a ses langueurs. Elle a ses terrains vagues. Pour en parler très concrètement, et même de manière un peu drolatique – où c’est moi qui tiens le rôle du personnage comique –, un exemple : je n’ai pas la télévision, et je ne veux pas en avoir, j’ai même l’impression que c’est un luxe. Vivre dans la solitude est un luxe, vivre dans le silence est un luxe. Je ne souhaite donc pas avoir d’images ici, pour avoir la paix, mais c’est tout sauf une ignorance du monde car je lis beaucoup de journaux, j’écoute beaucoup les radios. […]

    N’est-ce pas pour combler le temps ?

    Il y a peut-être un peu de ça. C’est pour me rejoindre. C’est pour aller vers le moment où ce que vous appeliez une grâce va arriver. J’attends ça tous les jours. Et tous les jours ça arrive. Mais parfois ça arrive au bord, à l’extrême fin de la journée. Quand je peux penser que c’est perdu. Quand je peux penser que c’est une journée pâteuse, lourde, qui n’est pas née. Une journée où moi je ne suis pas né, où je n’étais pas là, du tout. Mais la plupart du temps – car il restera quand même des journées comme ça, comme des cailloux – il y a quelque chose qui est de l’ordre du miracle qui arrive. Il suffit de l’attendre. Il suffit de laisser passer la soudaine pesanteur du temps, et de soi-même dans le temps, cette pesanteur qu’on est à soi-même tout d’un coup. […]
    Et cet état peut justement m’être donné par tout ce qui est. Tout ce qui est là, tout, même ce que je peux connaître dans ce petit appartement. Mais seulement à certaines heures, à certains moments. Il faut juste que je prenne patience, que je traverse des zones mortes. Et pendant ces traversées je lis des articles de trois ou quatre pages très détaillés sur, par exemple, l’économie, l’étape du Tour cycliste, etc.

    La solitude n’est-elle pas aussi un refuge ? Un refuge où persisterait encore une certaine forme de peur…

    Je ne sais pas si la solitude est un refuge… Mais je suis frappé d’une parole qui peut souvent s’entendre sur la solitude comme qualifiée éthiquement d’égoïsme ou de protection, de refuge ! Il est vrai que je passe un temps considérable de ma vie dans une forme de protection, de préservation. Préservation de soi… ou peut-être de plus que soi… Et je serais effectivement malhonnête si je parlais de solitude en faisant l’impasse sur ce besoin animal de se retirer, d’éviter la rencontre. De préserver quelque chose. Oui, il y a une assez grande partie de ma vie comme cela… D’ailleurs si elle n’était pas contrebalancée par autre chose, on irait tout doucement vers une ligne de fuite autiste. Il y a une partie qui est – même en apparence de façon passive, silencieuse, non agissante – tournée vers la coupure. Ce qui ne m’empêche pas de vous avoir dit que, dans la solitude, je ne m’éprouve pas du tout comme séparé ; ce qui est vrai. Les deux choses sont vraies, et parfois simultanément vraies. Simplement, je suis relié autrement. Je suis relié autrement que par les liens consacrés, les liens de plein jour, les liens officiels. Je suis relié d’une façon qui serait difficile à exprimer. Une façon d’où viennent sans doute les livres, l’écriture. Oui… là, il y a sans doute un état paradoxal de la solitude telle que je peux l’éprouver. Cela dit, avec le temps, je ressens de moins en moins – et peut-être plus du tout – de culpabilité de ce versant de protection. […]

    Dans les sociétés antiques, la solitude était indissociablement liée à la sagesse, alors qu’aujourd’hui le solitaire est regardé comme un marginal. Pourquoi une telle différence ?

    […] Il se trouve que l’état de solitude est lié à cette chose effrayante de l’ennui. Bien sûr, moi j’ai du mal à entendre cela parce que, personnellement, là où je souffre le plus, c’est quand, par exemple, on me demande d’aller à Paris… !
    Pourquoi la solitude est-elle vue dans cette misère-là ? Pourquoi suscite-t-elle une pensée de misère et un réflexe de fuite… ? Cela m’est d’autant plus difficile d’en parler que je la vis autrement, même si elle ne m’est pas toujours facile à vivre
    De plus, le grand mystère pour moi dans la vie… c’est les couples ! Apparemment, c’est une chose que la majorité des gens vivent… ça ne doit donc pas être si compliqué… Mais pour moi, je me dis : « Oh ! là là… comment peut-on faire pour vivre à deux ! ? » Il s’agit peut-être d’un point de vue de célibataire, mais parfois je me suis demandé si la grande solitude – au sens d’une solitude souffrante, subie, passive – ne se trouve pas là, dans les couples, au milieu du couple. […] Je me demande si la solitude n’est pas parfois en plein milieu du monde. C’est pire. […]

    Pensez-vous que, dans notre solitude, Dieu soit assis près de nous ? Qu’il y ait une présence, invisible mais se manifestant par différents petits épisodes, qui fait que cette solitude-là d’un seul coup peut prendre un sens ?

    Je pense qu’on n’est jamais abandonné. Jamais, jamais, jamais… Jamais. Cependant, ce n’est pas quelque chose que je perçois. Ce que je perçois n’est que de l’humain. Tout le temps. Même si « ça » passe par de l’humain, c’est quand même de l’humain. Comme une parole qui me vient et qui est terrestre ; comme une occasion qui m’est donnée ou une surprise qui m’arrive et qui est aussi totalement incarnée, dont quelqu’un de réel est le porteur. Je n’ai pas ce sens-là, le sens de l’invisible dans le « presque-touché » de l’invisible. Cela dit – et c’est une croyance qui est chez moi indéracinable –, je crois que l’on n’est jamais, jamais, jamais abandonné. Jamais.

    Extrait psychologie.com

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    jan 07 2012

    UN PASSE PAS TOUJOURS SIMPLE…

     

    Photo de Reza

    LE PASSE SIMPLE

    Non ! Ce n’était pas chose évidente que cette conversation toute en langue morte. Et pourtant je la tins.

    Hier, nous achetâmes le DVD d’un spectacle de Marcel Marceau et, tout de suite, nous le mîmes.

    Comment ? Vous avez mis à la casse votre vieille Volkswagen ? C’est bien dommage ! Tiens ! Vous souvient-il qu’un jour vous me la passâtes ?

    Bien que vous ayez laissé passer votre chance de cesser d’être une prostituée, un jour, vous le pûtes.

    Merlin n’était qu’un simple mortel jusqu’à ce qu’enchanteur il devint.

    Deux vieux acteurs hollywoodiens discutent :
    - Te rappelles-tu notre premier film … ce western dans lequel nous jouions les indiens ?
    - Oh oui ! Et je sais que nous nous y plûmes.

    Vous saviez que ce manteau était tout pelé… alors pourquoi le mîtes-vous pour la réception d’hier soir ?

    C’est dans ce tonneau que notre vieux vin fût.

    On nous offrit une augmentation et, bien sûr, nous la prîmes.

    Les moines brassèrent la bière et la burent.

    Comme tout bon musulman qui se respecte doit s’y rendre au moins une fois, c’est cet été, qu’au pèlerinage de la Mecque, il alla.

    C’est bien parce que vous m’avez invité à goûter votre Beaujolais que je vins.

    Charlotte Corday cacha le poignard en son sein, sortit de chez sa logeuse et, soudain, à l’idée du crime qu’elle allait perpétrer, elle se marra.

    Que la crevette était un insecte, vous le crûtes assez.

    A l’idée qu’ils auraient pu y laisser leur vie, à grosses gouttes, ils suèrent.

    Pour les prochaines vacances, ils émirent l’idée d’aller en Arabie Saoudite.

    C’est à cause du trou que cet enfant fit en bas de leur porte, que ses parents le châtièrent.

    Elle était encore en train de lui bénir la poitrine à coup de surin lorsque les flics la serrèrent.

    Heureusement que vous avez retrouvé des capitaux ! car mettre la clé sous la porte et déposer le bilan, vous faillîtes !

    Comment ? D’enfiler correctement ce pantalon, incapable vous fûtes ?

    Est-ce dans le but de lui subtiliser quelques pommes de terre que, jouant de votre charme (ou : par de doucereuses cajoleries) vous l’appâtâtes ? Et que par votre beauté vous l’épatâtes

    Comme ils ont fini par me casser du sucre sur le dos, combien j’aurais préféré qu’ils ne se mêlassent point de mes affaires !”

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    jan 07 2012

    LA MERVEILLE ET L’OBSCUR (beau texte)

    Photo Robert Doisneau Paris 1936

     

    LA MERVEILLE ET L’OBSCUR

    de CHRISTIAN BOBIN

     

    Extraits

    Votre expérience de la vie, elle est intransmissible. Elle ne vaut que pour vous seul.

    On transmet à un enfant ce qu’on est, jamais ce qu’on croit qu’il faut être.

    On est élevé par des gens qui ont été enfants: c’est donc leur enfance à eux qui nous élève.

    Que font les parents, ils font deux choses: ils vous donnent la vie et ils vous empêchent de vivre.

    On ne fait pas pousser une fleur avec des idées sur la botanique mais avec de l’eau, de la lumière, de la patience.

    Dieu merci, la vertu de désobéissance est la première vertu d’enfance.

    Souvenir d’enfance: une main, c’est une main lumineuse, une main de compagnie.

    Aimer c’est prendre soin de la solitude de l’autre sans jamais prétendre la combler ni même la connaître.

    Un enfant est d’emblée dans la solitude, dès le premier souffle, dès le premier cri. Il y baigne, comme l’oiseau dans le ciel, comme la peinture dans le silence. Si l’on veut vraiment parler d’une découverte de la solitude, il faudrait imaginer une découverte qui serait très douce. Un long et calme regard sur toutes choses, sur ce qui, dans les choses, vous ignore à jamais.

    Un enfant a une connaissance immédiate de tout. Ce qu’on lui tait, il l’entend. Ce qu’on lui cache, il le voit.

    Si nous contemplons le monde, si nous nous en laissons imprégner, irradier -comme le fait l’enfant- alors, nous n’aurons que très peu de savoir sur nous-même. A l’inverse, si nous privilégions notre propre apparence, si nous nous prenons nous-même comme objet de contemplation ou de souci, nous nous condamnons à ne presque rien voir du monde et à en aimer très peu. Dans ce sens, l’amour et l’insouciance ne font qu’un.

    Comment pourrons-nous jamais prendre soin de l’autre si nous ne somme pas, en même temps, complètement insouciant de nous?

    Christian Bobin

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    jan 05 2012

    LA PLUS QUE VIVE

     

    Photo Edouard Boubat

    On peut donner bien des choses à ceux que l’on aime. Des paroles, un repos, du plaisir. Tu m’as donné le plus précieux de tout: le manque. Il m’était impossible de me passer de toi, même quand je te voyais tu me manquais encore. Ma maison mentale, ma maison de cœur était fermée à double tour. Tu as cassé les vitres et depuis l’air s’y engouffre, le glacé, le brûlant, et toutes sortes de clartés.

    Extrait de  “La plus que vive”

    Christian Bobin

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    jan 05 2012

    BOBIN BOUBAT

    Photo de Rémi le petit fils d’Edouard Boubat 1995

    Donne moi quelque chose qui ne meure pas

    Edouard Boubat, le photographe, et Christian Bobin, l’écrivain, réunis, au moins le temps d’un ouvrage

    « Boubat et moi avons un point commun : il a fait plusieurs fois le tour de la terre et je ne suis jamais sorti de ma chambre. Or nous avons vu les mêmes choses et les mêmes gens. Lorsque je regarde ses images, j’ai l’impression de recevoir enfin de mes nouvelles, de bonnes nouvelles reçues de l’étranger. Je peux passer un long temps devant chaque image. Je n’ai pas si souvent l’occasion de me rencontrer. »

    « Boubat ne « prend » pas ses photographies, il les reçoit. Il les accueille. Quant à connaître précisément ce qui est ainsi accueilli, c’est impossible. Le savoir que nous avons d’une chose enferme cette chose sur nous-mêmes. Dans l’accueil, c’est le mouvement inverse : nous sommes ouverts à l’autre et, pour tout dire, nous sommes un peu perdus. Boubat ne connaît pas tout ce qu’il voit, pas plus que je ne comprends tout ce que j’écris. Le meilleur de nous arrive toujours à notre insu. »

    « Le pianiste Glenn Gould rêvait de parvenir un jour à jouer du piano sans piano. Ce n’était pas une plaisanterie. Ou bien c’était une plaisanterie très grave et profonde : il y a chez tout artiste ce désir d’une transparence absolue. Qu’il n’y ait plus, entre soi et ce que l’on contemple l’épaisseur d’une technique, et cette lourdeur que l’on est toujours à soi-même. Vous jouez du piano sans piano, cher Boubat. C’est même étrangement à cela que je reconnais votre signature : c’est parce que vous n’encombrez pas vos images de vous-même que je vous y retrouve à chaque fois. »

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    jan 05 2012

    AMOUR

    Photo Edouard Boubat

    On n’a pas toujours besoin des mots de l’amour pour parler de l’amour, on a besoin du grave et du léger, pas du sérieux, surtout pas du sérieux, grave et léger, larmes et rires.

    Christian Bobin

     

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    jan 05 2012

    EDOUARD BOUBAT

    Edouard Boubat est né le 13 septembre 1923, il passe son enfance à Montmartre et fait des études d’art graphique à l’école Estienne, de 1938 à 1942.Il exerce le métier de photograveur, dans une usine, et ce n’est qu’après guerre, en1946, qu’il découvre la photographie. Il vend de vieux dictionnaires pour acheter un Rolleicord au format 6X6 et réalise deux clichés qui vont marquer l’histoire de la photographie : « La petite fille aux feuilles mortes » et « Première neige » au jardin du Luxembourg.

     

    Cette même année, il rencontre, Lella, son modèle fétiche, qui deviendra Mme Boubat. Cette photo de Lella faite en Bretagne en 1947 reste comme la plus connue de son œuvre.

    Il obtient le prix Kodak cette même année, pour une exposition au salon international de la photographie, prix qu’il partage avec Robert Doisneau. La célèbre revue «Camera »le publie pour la première fois en 1950, année où il réalise « l’arbre et la poule », autre photo restée emblématique.

    1951, alors qu’il expose à la librairie la Hune, à Montparnasse aux côtés de Brassaï, Doisneau, Izis et Fachetti, il est remarqué par Albert Gilou, directeur artistique de la revue Réalités. Engagé immédiatement, Édouard Boubat entame son travail de reporter avec un sujet sur les artisans de Paris. Ce sera l’Espagne ensuite, avec un reportage sur le pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle. Il devient correspondant et part aux USA pour quatre mois.

    De 1952 à 1968, il réalise des photos au travers des cinq continents, aussi bien pour ses besoins professionnels, que par goût personnel. Son talent lui permet d’acquérir rapidement une grande notoriété. Réalités étant un mensuel, il travaille avec une grande liberté, sans le souci de coller à l’actualité.

    Il rencontre Robert Frank et achète son premier Leica, avant de devenir photographe indépendant en1967. Il collabore avec l’agence de presse Top Rapho, continue ses voyages, publie et expose sur les cimaises des galeries dans le monde entier.

    La survivance » est son premier livre publié en 1976, avec lequel il obtient le grand prix du livre aux Rencontres d’Arles en 1977. Ce sera ensuite le grand prix national de la photographie, en 1984, et le prix de la Fondation Hasselblad, en 1988. Il consacre un livre à Lella en 1994, intitulé « Comme avec une femme » et fait son dernier grand reportage aux Caraïbes l’année suivante. « Donne moi quelque chose qui ne meurt pas », « La vie est belle » seront ses derniers livres.

    Jacques Prévert, dont il est l’ami, le surnomme « le correspondant de paix » et Robert Doisneau dira de lui : « De ce monde déchiqueté, Edouard Boubat nous révèle les surprenants instants de plénitude » — Extrait de « Boubat de Boubat aux éditions Belfond ». On retrouve également dans ce très bel ouvrage, des portraits tel celui d’Isabelle Huppert, de Jean Marais, Sydney Bechet, Jacques Prévert, Georges Simenon, Françoise Sagan et bien d’autres.

    1988 son fils Bernard devient son assistant, avant de devenir lui même photographe. Edouard Boubat décède le 30 juin 1999 d’une leucémie à l’âge de soixante quinze ans, à Montrouge.

    Pour mieux appréhender le poète qu’était Mr Boubat, je vous recommande la lecture de l’entretien qu’il a eu avec Frank Horvat, qui est un photographe formidable. Un auteur à découvrir, pour ceux qui ne le connaissent pas encore sur son site www.horvatland.com

     

     

     

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    jan 05 2012

    SOUFFRANCE (poème)

    Photo Eugène Atget -Passy passage des eaux mars 1901

     

    SOUFFRANCE


    J’en appelle à votre clémence

    Et vous demande votre indulgence

    Car je subis toutes les outrances

    Dans la plus grande indifférence.

     

    Je n’ai plus guère de véhémences

    Devenue groggy d’abstinence

    Je croule sous les incompétences

    Et je ne fais plus concurrence.

     

    J’aimerai une prise de conscience

    Qu’on cesse enfin les négligences

    Dans mon dos trop de connivence

    Me mène à toutes les déshérences.

     

    Je meurs sous la concupiscence

    Des financiers en appétence

    Le CAC 40 en décadence

    Me condamne de ses appâts rances.

     

    Dans cette trop grande déliquescence

    Je faiblis sous les indigences

    Qui m’ atteignent d’une rare violence

    Et laisse en moi de graves carences.

     

    J’ai trop subit de réticences

    De tromperie, de malfaisances

    Ayez au moins quelques décences

    Gardez pour vous vos remontrances.

     

    Mes successives présidences

    Aux criminelles incompétences

    N’ont pensées qu’à remplir leur panse

    Je la paie chère leur arrogance.

     

    Je n’ai plus guère d’effervescence

    Perdue par trop de divergences

    Trop de problèmes, trop d’inconstances

    Ma vie est lourde de conséquences.

     

    On me reproche ma corpulence

    Ma santé devient une urgence

    On me met en convalescence

    Plaie ouverte de trop d’ingérence.

     

    Avais-je donc tant d’insouciance

    De prospérer dans la confiance

    L’emploi en dégénérescence

    Ruine chaque jour mon existence.

     

    Où sont donc mes belles espérances

    Ma vie heureuse, mes bienveillances

    J’ai tant su faire preuve d’excellence

    Me donnant une belle opulence.

     

    Regarder ma circonférence

    Je ne mérite cette déchéance

    Comment retrouver ma jouvence

    Mon pain béni sans mes créances.

     

    Qu’on m’offre à nouveau la confiance

    Je montrerai mes compétences

    Afin que change les circonstances

    Si on me laisse encore ma chance.

     

    Je vais vous faire une confidence

    Je peux mourir de ces errances

    Aussi abrégez ma souffrance

    Je suis celle que l’on appelle

    FRANCE

    Tit’can I

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